La tournée de « Fille » s’est terminée il y a quelques semaines. Mais de notre côté, rien ne s’arrête pour autant.

Nous tenions à vous partager le récit de cette aventure. Au cours des prochaines semaines, vous aurez ainsi l’occasion de retrouver la « Chronique d’une épopée théâtrale ». Des textes, of course, signés par Colette Régibeau et agrémentés par des images de Didier Tourneur.

wIMG_0607 - Copie

Tout a commencé un jour de canicule, je crois… J’allais travailler à l’église, parce que j’y trouvais un peu de fraîcheur. Là, dans la pénombre bienveillante, je tentais de donner un  ordre aux pensées qui se bousculaient dans ma tête. Un ordre théâtral. L’ordre des dialogues. La première scène qui s’est imposée à moi fut celle de la communion. J’avais une vision très nette de cette famille qui se déchirait, qui sacrifiait ses enfants sur l’autel de la dictature rexiste.

Cet été fut suivi d’un autre été où j’osai pour la première fois offrir mes mots à la lecture publique. Un baptême du feu en quelque sorte…Les regards étonnés, les mots qui traversaient la barrière de ma bouche, l’émotion fulgurante, tout m’indiquait que quelque chose se jouait là – déjà. Comme en avance, comme une éclosion précoce.

Et puis les premières rencontres, c’était en octobre. Les feuillages rouillaient et le temps fraîchissait. Des adolescents énervés, inquiets, enthousiastes, attendaient que débutent les auditions. L’aventure théâtrale allait prendre forme. Ils furent 12 à être retenus après l’épreuve. Douze visages, douze tempéraments. Ceux qui allaient littéralement donner corps aux mots que j’avais écrits et qui persistaient jusque là à rester en 2D sur la page blanche.

wIMG_0612 - Copie

Il fallut une longue année de répétitions pour parvenir à mettre en jeu les « images manquantes », celles qui hantaient la mémoire de mon héroïne, les images terribles de la Shoah et des camps d’extermination. Peu à peu le mouvement se dessinait, guidé par Thierry et par moi, les corps s’assouplissaient, le verbe se faisait chair. Une dizaine de séquences se dessinaient et le temps arriva où elles eurent besoin d’un premier public…

En même temps, il fallait nourrir le « nerf de la guerre », trouver l’argent, les partenaires. On organisa « FilleFollies » un souper concert, des troupes de bénévoles sillonnèrent les quartiers de nos villes à la recherche de sponsors, allèrent frapper aux portes des institutions, on parlementa, argumenta, on concocta des dossiers, envoya des centaines de mails, on se réunit, on passa des nuits à échafauder des plans, on rêva beaucoup !

Le printemps revint, puis l’été. Je me mis en quête des comédiens professionnels et des techniciens qui pourraient devenir les piliers du projet. Mille rencontres, passionnantes parfois quand on s’aperçoit qu’on est en train de rêver sur le même bouquin – Une fille de l’est – en phase avec la thématique de la pièce, déconcertantes parfois quand on négocie longtemps avant de s’apercevoir que les choses ne pourront pas fonctionner. Et puis l’évidence qui surgit au détour d’un bistrot quand on est un peu ivre des deux petits blancs frais qu’on vient de boire. L’équipe se constituait par bonds, par revirements, par détours spectaculaires.

Ce fut août et les premières répétitions tous ensemble dans la belle salle de Trois-Ponts. Journées intenses dans la lumière des projecteurs. Journées folles de recherches, de mots qui claquent, se répercutent dans le silence obscur, d’élaboration de l’espace et des costumes. L’équipe se noue, l’équipe se tâte, l’équipe vit ! Et c’est janvier, la neige, le froid, l’heure des bonnets et des mitaines, l’heure pour nous d’approfondir les détails, de creuser les mots, de ciseler le mouvement.

Le grand jour, le jour J est arrivé ! La Première du 31 janvier. C’est l’effervescence dans les coulisses ; la fièvre monte, les lèvres répètent à toute vitesse des répliques qui sautent d’une bouche à l’autre, les tripes se tordent, les mains sont moites, mais quand les applaudissements consacrent enfin le travail accompli, quelle joie !  On se congratule, on boit, on rit, on chante même un peu.

Et notre troupe va s’en aller par monts et par vaux à travers notre belle région : Malmedy, Waimes, Stavelot, Welkenraedt…vont bientôt résonner des mots de la Fille jusqu’aujourd’hui où tout s’achève. Les costumes sont sagement repliés dans leur malle, les tapis sont enroulés, les tables et les chaises empilées, les perruques ensachées. Tout s’est endormi. La Fille n’attend peut-être que le baiser du Prince charmant pour se réveiller…

wIMG_0957

8 Commentaires. En écrire un nouveau

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous devez remplir ce champ
Vous devez remplir ce champ
Veuillez saisir une adresse e-mail valide.
Vous devez accepter les conditions pour continuer