L’enfer des dossiers, voilà, mes amis, l’objet de ce nouvel épisode et vous allez voir, c’est digne des plus mauvais films de science-fiction !

Dans notre monde de bisounours capitalistes, il faut de l’argent pour monter une pièce de théâtre. De l’argent avant tout. Vous avez le texte, la mise en scène, les comédiens, le décor… mais vous n’avez pas d’argent ? Alors vous n’avez rien ! « Le fric c’est chic »…

Bisounours ou lapins crétins ? La seule question à laquelle j’ai été confrontée des centaines de fois au cours de mes nombreux rendez-vous pour tenter de convaincre mes interlocuteurs de la profondeur de ma thématique, de la complexité de mes personnages, de l’à-propos contextuel de mon sujet etc., c’était « Combien ? » « COM-BIEN ? »

« Ben, vous ne voulez pas que je vous parle de la forme que j’ai voulu donner à… ? – Combien ? – Il y a aussi le contexte hyper-actuel qui… – COMBIEN ? – et puis l’originalité du chœur… – COM-BIEN ? » !

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Ne croyez pas, chers amis, que je n’avais pas « budgétisé » (comme on dit) tout cela. Bien sûr que si ! J’en avais passé des nuits blanches à raboter un poste, à supprimer un emploi, à fondre deux compétences en une pour pouvoir obtenir un total qui, de toute façon, ne plairait pas aux « décideurs » (comme on dit aussi). Combien de budgets avons-nous concoctés en tout ? Je ne sais plus, j’ai oublié, mais plus de dix, plus de vingt sûrement ! Et tout ce travail pour rien ! Aucune institution publique n’a accepté de subsidier notre projet ! Pourquoi ? Parce qu’il était nul ? ringard ? hors de propos ? Que nenni ! Les réactions positives des nombreux spectateurs nous l’ont démontré à l’envi par la suite.

Laissez-moi vous dévoiler la réponse d’un organisme dont je tairai le nom au deuxième dossier – le premier ayant été refusé – que nous avons envoyé. Vous allez vous tordre de rire, ou au contraire pleurer toutes les larmes de votre corps, vous allez vous arracher les cheveux de dépit, vous ronger les ongles jusqu’au sang – c’est ce que nous avons fait à la lecture du document.

En gros, notre dossier était de nouveau refusé. Raisons invoquées ? Un texte bien écrit mais « peu jouant », une production bien ficelée mais trop « rurale » !

Comment devions-nous interpréter ce verdict ? Que la « campagne » n’avait pas le droit à la culture, qu’il n’y avait que les Bruxellois – et les Montois maintenant – qui pouvaient y avoir accès ? Que les productions « rurales » étaient moins intéressantes que les productions urbaines et méritaient moins d’argent ? Que nous, les « ruraux » ne savions pas y faire et que nous ignorions ce qu’était le théâtre ? Que jouer à Stavelot, Waimes, Malmedy, cela ne valait pas la peine d’être subsidié ?

Oui, mes amis, le mot « rural » m’est resté en travers de la gorge. Et surtout le mépris que l’on sentait poindre derrière le laconisme des remarques.

Parce que, nom d’un p’tit bonze, le texte « peu jouant » n’a rebuté ni les comédiens ni les spectateurs ! Que du contraire ! Le texte venait « bien en bouche », il n’a pas bloqué les comédiens et des spectateurs sont venus en nombre me dire leur émotion, leur bouleversement face au texte justement ! « Vous avez raconté mon histoire », « Vous avez dit les mots qui me manquaient »…

Alors, messieurs les censeurs, tous ces spectateurs se tromperaient-ils ? Mais peut-être que l’émotion des « ruraux » ne vous intéresse pas ?

Et la production ? Nous avons joué devant plus d’un millier de spectateurs : de Trois-Ponts, Stavelot, Malmedy, Waimes, Welkenraedt. Ils nous ont applaudis chaleureusement et avec un enthousiasme qui ne s’est pas démenti au cours des 10 représentations que nous avons données. Alors ? Ca ne compte pas ces avis-là ? Faut-il vraiment jouer à Bruxelles, Paris ou Londres pour être crédible ?

Nous sommes fiers d’avoir porté nos mots devant des publics « ruraux » exigeants et attentifs. Nous sommes fiers de faire vivre un théâtre qui parle aux « vraies » gens et qui les touche. Nous sommes fiers de défendre un théâtre vivant et sans concessions !

Et comme tout se termine par des chansons, nous sommes allés noyer notre déception dans un petit bistrot sympa, autour d’un cava aux pommes, la couleur était grisante, le goût pétillant et les bulles nous ont remonté le moral ! Je ne dis pas qu’on était prêts à refaire des dizaines de dossiers, quoique…

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